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samedi 19 novembre 2016

La production de l’information financière de qualité : état de l’art par Boniface Bampoky

La comptabilité financière est la technique de base de collecte de l’information financière, une méthode d’observation, d’analyse et de description en termes de valeurs de l’ensemble des faits économiques ou opérations qui caractérisent la vie de l’entreprise (Bampoky, 2005). La qualité de l’information comptable implique au préalable le strict respect des normes et la maîtrise de la technique dans son fonctionnement (maniement des comptes) et dans la connaissance des documents officiels qui lui sont spécifiques. La normalisation peut servir de support à la présentation des documents comptables et cela par rapport à l’objectif recherché dans l’information comptable et par rapport au contexte économique et social. Par exemple, dans les contextes où la comptabilité fournit principalement de l’information pour la bourse (Etats-Unis d’Amérique du Nord), les éléments bilanciels sont présentés, du haut vers le bas, suivant l’ordre de liquidité décroissante (SYSCOA - Guide d’application, 1997 ; norme US Gaap qui sous-tend la présentation du bilan américain) ; ce qui n’est pas le cas dans les pays appartenant à l’école continentale comme la France, les pays membres de l’OHADA, etc. L’école continentale, d’après Ngantchou (2009), réunit les pays à tradition fiscale dont les systèmes comptables sont de type « macro-économique à influence gouvernementale » ; tandis que l’école anglosaxonne regroupe les pays où les marchés de capitaux ont toujours dominé et dont les modèles comptables sont de type « micro-économique à influence commerciale ». Dans le système OHADA, la présentation des états financiers est adaptée aux trois systèmes de comptabilité : le système minimal de trésorerie, le système allégé et le système normal (articles 26, 27 et 28 de l’AU portant Organisation et Harmonisation des Comptabilités d’Entreprises).

La production de l’information correspond à la comptabilisation et au contrôle des flux économiques qui caractérisent la vie de l’entreprise. Le contrôle permet de régler le problème de l’asymétrie de l’information entre les dirigeants, les actionnaires, les investisseurs et autres tiers destinataires de l’information financière.

 Les niveaux de contrôle sont le système de gouvernance de l’entreprise auquel on associe les auditeurs externes, et les autorités de surveillance (Dao-Le Flecher, 2007). Pour ce qui concerne la France, on peut citer comme exemple de réussite dans le rôle de surveillance l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Ces types d’instances de surveillance n’existent pas encore dans l’espace OHADA où d’innombrables efforts restent encore à consentir sur le plan de l’intégration économique. Au plan interne, l’une des tâches attribuées au contrôle interne est la fiabilité des informations financières, la protection des ressources et des actifs financiers, la conformité des opérations aux lois et règlements.
 Pour cela, il est mis en place des dispositifs permanents et formels. Le contrôle interne doit pouvoir ainsi donner l’assurance que les états financiers sont établis conformément aux normes comptables et financières en vigueur. Les impasses liées à l’application du système comptable OHADA pourraient en partie être appréhendées à ce niveau. Le contrôle interne est une fonction qui dépend de la direction générale de l’entreprise. Dans certains cas, les tâches de contrôle interne sont confiées à l’équipe du contrôle de gestion lorsqu’il n’est pas créé une structure de veille autonome. Dans tous les cas, le contrôle de gestion, outil d’aide au pilotage de l’organisation de façon efficace et efficiente, doit veiller à l’efficacité et à l’efficience du contrôle interne.

 Dans la mesure où l’on peut noter un problème d’information cachée entre la propriété et la gestion de l’entreprise, l’audit interne apparaît comme un moyen que la propriété peut utiliser pour démystifier les comportements déviants des dirigeants en matière d’information. L’audit est donc une fonction périodique d’évaluation critique qui dépend du conseil d’administration. « Dans les grandes lignes, un comité d’audit indépendant contribue souvent à la qualité de l’audit externe et à la fiabilité des données comptables. Son expertise financière stimule la fiabilité du contrôle interne et la pertinence des états financiers » (Kermiche et Piot, 2009, p. 2).

On peut donc conclure que la production de l’information financière de qualité nécessite un contrôle et une surveillance faisant intervenir à la fois les organes de gouvernance interne et les organes de contrôle et de surveillance externes. L’intérêt d’avoir des organes de contrôle et de surveillance externes réside dans le fait que les investisseurs sont souvent incapables d’évaluer correctement la qualité des candidats aux financements à partir d’informations disponibles, dans la mesure où les demandeurs de financements peuvent choisir délibérément la sous-évaluation de l’information dans le but d’obtenir des conditions de financement plus avantageuses lors d’émissions ultérieures (Boisselier et Mekaoui, 2011).

A l’échelle mondiale, les agences de notation ont leur part dans la production d’informations orientant les investisseurs dans leurs choix. L’activité des agences de notation consiste dans l’évaluation des risques liés aux titres de dette ainsi que les émetteurs de titres à savoir les banques, les entreprises, les compagnies d’assurance, les collectivités locales, les Etats (Revault, 2009). D’après cet auteur, le recours aux agences de notation par les entreprises s’inscrit dans une volonté de communiquer le plus possible par les tiers. Entre autres éléments militant en faveur de la production d’informations financières de qualité, on a, en ce qui concerne les établissements financiers, les accords de Bale 2 qui se résument en trois points : l’exigence de minimum de fonds propres garantissant le risque, le renforcement des contraintes en matière de transparence financière (soit par le canal des agences de notation, soit par des modèles internes), la surveillance bancaire par les autorités de contrôle.

 Une possibilité d’évaluer le contrôle interne est offerte par la norme ISO 31 000 par le biais d’un référentiel reconnu au plan international. La norme ISO 31 000 est un cadre de référence pour manager toute forme de risque. L’utilisation de ce procédé augmente la crédibilité de l’entreprise tout en augmentant ses chances vis-à-vis des investisseurs. Egalement, les influences externes par rapport aux pratiques d’audit et de contrôle interne se trouvent dans le COSO 2. « Le COSO (Committee Of Sponsoring Organizations of the Treadway Commission) est mentionné par l’autorité des marchés américains » (Gumb et Noël, 2011). D’après Pigé (2009), la démarche globale proposée par le COSO repose sur l’identification de cinq dimensions principales (l’environnement de contrôle, l’évaluation des risques, les activités de contrôle, l’information et la communication, la supervision) qui couvrent les trois domaines de l’opérationnel, du reporting financier et de la conformité, et qui s’appliquent à toutes les activités de l’organisation.

 L’encyclopédie libre Wikipédia indique que le COSO est une commission américaine à but non lucratif qui établit, en 1992, une définition standard du contrôle interne et crée un cadre pour évaluer son efficacité. La diffusion du COSO a été facilitée par la loi Sarbanes-Oxley (aux Etats-Unis d’Amérique du Nord en 2002) et par la loi de sécurité financière (en France en 2003). Depuis 2002, on a évolué du COSO 1 vers le COSO 2 qui intègre le COSO 1, mais qui va plus loin en proposant un cadre référentiel pour la gestion des risques de l’entreprise.

Si dans les pays développés on dénote une multiplicité des organes externes contribuant à la qualité de l’information financière, cela n’est pas le cas dans l’espace OHADA. D’ailleurs, cela est l’une des caractéristiques principales des économies en développement où l’on note une prédominance de l’informel dans la gestion des entreprises. Outres les investisseurs et les bailleurs de fonds qui cherchent à connaître la situation financière réelle des entreprises pour opérer leurs choix d’investissement, l’information financière de qualité produite par les entreprises permet au plan macroéconomique d’apprécier la situation économique globale au travers du calcul d’un certain nombre d’indicateurs macroéconomiques et macro-financiers (Produit Intérieur Brut, Produit National Brut, Formation Brute du Capital Fixe, Résultat Financier, etc.).


Pour les entreprises et les États, les enjeux d’une information financière de qualité sont énormes. Il y a lieu de se ruer vers l’espace OHADA pour voir si les dispositifs institutionnels appliqués par les entreprises notamment le référentiel comptable et financier en vigueur ainsi que son cadre juridique suffisent à capitaliser une information financière de qualité.

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